Post-partum et confinement

Pendant 9 mois on se concentre sur le jour j, l’accouchement. On se prépare, on mentalise, on apprend à respirer, on angoisse et puis c’est parti, on souffre, on crie et puis on pleure de joie, on en revient pas : bébé est là. Deux ou trois jours à l’hosto et puis « au revoir Madame, allaitez c’est important ». Dans le meilleur des cas on a un accompagnement d’un sage-femme qui vient chez soi comme en Allemagne. Dans le meilleur des cas, le papa a droit à plus de 5 jours de congé paternité. Donc dans le meilleur des cas, c’est notre premier et on se fait un peu chouchouter quelques jours. Et puis, la sage-femme espace ses visites. Et puis ton mari retourne au boulot et tu te retrouves à t’occuper de bébé toute seule. Mais si c’était que ça : s’il n’y avait qu’à gazouiller avec bébé toute la journée, on pourrait s’imaginer une période idyllique de regards plongés dans les yeux de bébé et de siestes en peau à peau sur le canapé. Oui, mais voilà, ce n’est pas que ça, loin de là : tu as toujours une maison à gérer et une to do qui s’allonge, tu as tes hormones qui font du body jumping, tu flirtes avec le baby blues, tu te trouves grosse et moche et tu ne sais pas pourquoi bébé pleure. Et souvent, ce n’est pas ton premier, donc tu dois gérer un autre être humain au comportement parfois erratique et qui te mène à te poser des questions existentielles sur la course des planètes ou la façon d’étaler du beurre sur une tartine. Et donc forcément, parfois et plus souvent encore, tu touches à tes limites. Cette période étrange c'est ce qu’on appelle joliment le post-partum. Le latin c’est pour donner un air poétique à une réalité qui l’est beaucoup moins.

​Tu as toujours une maison à gérer et une to do qui s’allonge, tu as tes hormones qui font du body jumping, tu flirtes avec le baby blues, tu te trouves grosse et moche et tu ne sais pas pourquoi bébé pleure...

Et puis imagine, maintenant que tes petites balades au chant des rares moineaux de ville qui te mettaient du baume au cœur et qui calmaient instantanément bébé, on te les supprime ; que ton aîné que tu récupérais avec joie à 16h, on te le rende et que tu doives l’occuper H24 ; que ton mec qui bosse tout le temps, il continue à bosser tout le temps mais de chez toi. Donc tu crois qu’il va être là pour vous mais cet espoir est en fait basé sur un malentendu. Et puis le Président te dit que c’est pour une durée indéterminée et que la nation est en guerre.

​Le post-partum est en soit une période difficile qu’on a tendance à négliger et au cours de laquelle tout est bousculé y compris l’équilibre du couple. Et le post-partum en temps de confinement peut se révéler dur au carré.

Nous avons interviewé ​Sophie et Fanny qui ont chacune accouché peu avant le confinement. Sophie a un ​aîné, Jacques, de 2 ans et une petite Iris de quelques semaines​. Fanny a un ​aîné, ​Noah, de 2,5 ans, et un petit Mathis de 3 mois. Sophie a accouché ​au tout début du confinement et a eu la chance de pouvoir avoir la visite de sa maman avant que les frontières ne ferment. Fanny avait déjà passé le début de son post-partum lorsque le début du confinement a été déclaré. Elles nous font part de leurs expériences.

FM: Sophie, quand as-tu accouché et dans quelles conditions ? ​Ton conjoint a-t-il pu être présent ?

Iris est née à l'hôpital ​le jeudi 19 mars. C'était quelques jours après le début ​du confinement. On commençait à parler de restrictions pour les visites, de présence ou non du papa etc. Du coup j'avais assez hâte d'accoucher, d'une part pour éviter d'attraper le virus juste avant et aussi pour éviter de devoir trop trainer à l'hôpital ou chez le gynéco pour les checks tous les 2 jours. Ma maman qui avait prévu de venir pour nous aider avec Jacques a réussi à venir juste avant la fermeture des frontières. On a pu partir à la clinique sereinement ce qui était sacrément agréable. L'accouchement a été ultra rapide et s'est super bien passé. Remy a pu être là sans problème et revenir ensuite une fois par jour (je suis restée 3 nuits). En revanche pas d'autres visites, mais pour un second bébé, j'ai trouvé ça plutôt agréable et reposant !

​FM: Étais-tu angoissée ?

Pas angoissée mais pas 100% sereine de devoir mettre les pieds dans un hôpital, ou d'aller tous les 2 jours chez le gynéco avant la naissance. J'ai fait beaucoup d'hypnose avant et pendant l'accouchement, ça a dû beaucoup aider. Et au final tout s'est super bien passé.

FM: Comment se passe le suivi à la maison ? La sage femme vient-elle ou avez-vous des contacts vidéos ou téléphoniques avec elle ?

Sophie: Elle est venue à notre retour à la maison, puis tous les 2 ou 3 jours. Ensuite on a fait des points par téléphone pour poser nos questions. Elle nous a proposé de revenir ou de faire ça par vidéo mais tout se passe bien du coup pour l'instant on reste comme ça. Quand elle est venue elle avait toujours un masque et des gants et on gardait de la distance tant que possible.

​Fanny: Mathis est né début février. Du coup, j'ai eu la chance de pouvoir bénéficier de 5 semaines au calme avec le papa à la maison pour les 4 premières. Ma sage femme hyper compétente est passée à la maison jusqu'à mi-mars et depuis nous parlons par téléphone au besoin seulement.

FM: Croyez-vous que vos bébés ressentent l'ambiance particulière qui règne ?

Sophie: Je ne pense pas. Je ne suis même pas sûre que Jacques le ressente. On ne lui a rien dit sur le virus (il n'a pas encore 2 ans...). On a la chance d'avoir déménagé dans une maison avec jardin et dans un quartier très calme quelques semaines avant la naissance d'Iris. On profite à fond du jardin, on sort pour des petites balades dans le quartier, on lance des cailloux, on fait plein de gâteaux, on joue aux duplos, aux mécanos et aux trains... Pour ​lui, ce sont des vacances! Quant à iris, il y a juste moins de visites qu'il ny en aurait eu sinon, et on fait moins de choses en dehors de la maison: c'est peut-être même mieux pour elle !

Fanny: Oui, je suis persuadée que les bébés ressentent tout. Je suis moi-même une boule d'émotions. Et Mathis s'est mis à moins bien dormir depuis le début de la crise. Il a besoin d'énormément de contact donc pour le rassurer, c'est portage obligatoire mon dos qui trinque. ​

FM: ​Vos conjoints travaillent-ils en ce moment?

Sophie: Il a pris une semaine de vacances juste après la naissance, a fait du home office 1 semaine pendant que ma maman était encore là et a maintenant 2 semaines de vacances autour du w end de Pâques, en travaillant juste quelques heures par-ci par-là. Il reprendra donc le boulot​ quand iris aura 4 semaines.

Fanny: Oui, Nico travaille à temps plein depuis notre chambre qu'on a dû réaménager. La table de jardin lui sert de bureau.

FM: Quels sont ​vos relais ?

Sophie: Ma maman est restée trois semaines en tout. C'était une aide ultra précieuse! On a pu trouver notre rythme tranquillement, elle nous aidait aussi pour le ménage, les courses, les repas, et s'est énormément occupée de Jacques. Ça n'aurait pas été pareil sans son aide ! Et bien sur le fait que Rémy puisse être à la maison 1 mois - en home office ou vacances a été salvateur.

Fanny: mon conjoint et mes amies avec qui j'échange quotidiennement. Le fait de partager nos quotidiens de mums au bord de la crise de nerfs (rires) me fait un bien fou. Et avec Nico, on a mis en place une sorte de routine: le matin, il se lève très tôt pour bosser dans le salon au calme. Puis notre aîné se réveille et il s'en occupe environ jusqu'à 9h. Ensuite je prends le relais avec les deux enfants jusqu'au déjeuner qui est préparé par le papa. Et quand son agenda lui permet, il prend une pause de 30 minutes pour me permettre de souffler un peu. Et le soir, on gère les bains, le dîner et le coucher ensemble. À 21h, tout le monde est rincé!

​"Les premières semaines, le "confinement" de la maman​ est plutôt conseillé. En revanche, le fait d'avoir mon aîné non-stop à la maison, n'était pas vraiment prévu."

FM: Comment ​vivez-vous le post-partum en confinement ?

​Sophie: Ça aurait ete plus facile avec Jacques à la ​crèche, c'est sûr, mais ça se passe bien. L'accouchement s'étant vraiment bien passé, j'ai pu récupérer vite. Et comme je le disais, on a eu la chance d'avoir ma maman, Rémy est là et Iris est en bonne santé. Et avec le jardin... il y a pire!

Fanny: en soit, dans les premières semaines, le "confinement" de la maman​ est plutôt conseillé. En revanche, le fait d'avoir mon aîné non-stop à la maison, n'était pas vraiment prévu. Et c'est là que ca se corse car non seulement il vient de devenir grand-frère mais en plus on lui enlève ses copains, le square, la crèche...Bref, son quotidien est à réinventer. Et moi, étant en "congé" maternité, j'ai la mission de gérer ce petit monde au mieux. Honnêtement, on ne va pas se mentir, c'est une équation assez complexe et ça peut vite tourner au nervous breakdown.

FM: Pas trop dur de gérer un grand frère en même temps ?

Sophie: Il est plein d'énergie mais plutôt mignon et sympa avec ​sa ​sœur. Ce n est pas reposant mais on s'en sort pas trop mal et on profite de notre nouvelle vie à 4! C'est intense mais chouette!

Fanny: Au début du confinement, ​ça a été difficile de lui faire comprendre que je ne pouvais toujours jouer avec lui. Du coup, J'ai essayè très vite de structurer sa journée ( et la mienne!). Nous avons fait un planning et une charte de confinement avec les 5 règles de base comme "respecter le rythme de Mathis" ou "quand maman allaite mon petit frère, elle ne peut pas être là à 100% pour moi". Très honnêtement, c'est sport aussi bien pour lui que pour moi pour qui être maman de 2 enfants est encore très nouveau.

FM: Arrivez-vous à prendre soin de ​vous?

​Sophie: Humm.. j'ai réussi à me laver les cheveux hier soir. Ça compte?

Fanny: Je m'oblige à prendre ce temps même si ce sont juste 15 minutes pour prendre une douche, faire ma rééducation ou juste respirer. J'essaie aussi de faire une sieste le week-end pour récupérer mes nuits hâchées. J'ai la chance d'être entourée de bonnes fées qui me rapellent combien recharger ses batteries est important.

​FM: ​Arrivez-vous à trouver du temps à deux ?

Sophie: Hmm... ça c'est plus compliqué. Mais je pense que confinement ou pas c'est plutôt normal ​quelques semaines après l'accouchement. De temps en temps, on arrive à se caler un petit film le soir ou un déjeuner calme au soleil sur la terrasse si par bonheur les 2 petits font la sieste en même temps!

Fanny: On commence à "caler" davantage les journées de Mathis, ce qui nous laisse progressivement un peu plus de temps à deux. Heureusement que je suis en congé mat' sinon, on utiliserait sûrement ces moments pour bosser. Cette situation est un vrai challenge pour les parents d'enfants plus âgés.


Ce qui ​peut aider si vous ​êtes en post-partum confiné :

  • Appeler des copines (plus que de raisons)
  • Parler à votre ​conjoint et expliquez-lui ce que vous ressentez encore et encore, ce qui vous fait peur et comment il peut être là pour vous.
  • Lâcher prise : ce n'est pas si grave si l’aîné s’éclate la rétine sur Netflix de temps en temps pour que vous respiriez, si vous bouffez des pâtes 3 soirs de suite ou si votre salon ​sorti d'un remake d’Orange mechanic.
  • Se chouchouter : faites-vous couler un bon bain avec de la mousse et des bougies, faites-vous les ongles, lisez un bon bouquin…

​L'avis de la psy

Par Elodie Hammond, psychologue clinicienne

1. Quels sont les changements physiologiques qui ont lieu après l’accouchement ​?

Le corps de la femme est encore en mode « ouverture » après la naissance. Il va
prendre le temps (au moins 40 jours) pour se refermer : les organes se remettent
en place, le sang s’écoule, l’utérus reprend sa forme initiale.

2. Ce que l’enfermement peut avoir comme effets psychologiques

Cela dépend des femmes. Le confinement peut réveiller des angoisses, faire
naître un sentiment d’isolement, de la tristesse d’être loin des siens. Il peut aussi
être vécu comme un cocon protecteur à l’abris de l’injonction de devoir sortir.

3. Comment prendre soin de soi en temps de confinement alors qu’il y a peu
de monde pour prendre le relais?

Même s’il est vrai qu’il est difficile de faire appel à des intervenants extérieurs, il
est primordial que la jeune maman bénéficie de soutien moral. Pour cela tous les
moyens de connexion à distance sont bons (famille, amis, groupe de jeunes
mamans …)

4. Comment faire comprendre aux papas ce par quoi leurs femmes passent ?

Pas évident. Certains vont voir la fatigue et la douleur et parfois le désarroi par
lequel passe la jeune maman. D’autres auront besoin de s’informer, de lire sur le
sujet ou d’en parler avec d’autres personnes.

5. Comment communiquer avec le papa sans l’accuser de ne rien
comprendre ou ne rien faire ?

​​Une image utile peut être celle du 4ème trimestre (de grossesse). Celui d’après accouchement où la jeune maman a besoin de soutien pas seulement logistique mais surtout émotionnel, comme cela a pu déjà être le cas aux trimestres précédents.

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