“Faire ses nuits”: qu’est-ce que ça veut dire exactement?

​Le sommeil des enfants by Manon

​S’il y a bien une question qui revient sans cesse une fois que l’on devient parent en France, c’est si bébé « fait (enfin) ses nuits ». Passé 3 mois, si la réponse à cette question est toujours non, ça ne loupe pas : regards désapprobateurs du pédiatre, reproches de l’entourage soit à l’enfant qui « embête ses parents » ou aux parents qui « couvent trop leur petit », et petits commentaires cinglants de type « Ah! Mais moi, le mien, il a fait ses nuits tard, vers 2 mois et demi ! » sont souvent au rendez-vous.

L’expression « faire ses nuits » est donc éminemment politique, car source de jugements et de conceptions erronées qui mènent souvent les jeunes parents déjà épuisés à se sentir perdus et seuls face à ce problème. Voici un petit guide pratique pour savoir exactement ce qui se passe la nuit pour bébé.

La première chose à souligner, c’est que physiologiquement, personne ne « fait ses nuits ».

Le sommeil de l’enfant tout comme celui de l’adulte fonctionne par cycles composés de différentes phases. Entre chacun de ces cycles, nous passons tous par ce qu’on appelle un micro-éveil. C’est une nécessité inscrite dans notre évolution, héritée du temps (fort lointain désormais) où mieux valait se réveiller souvent pour se protéger des prédateurs et des dangers. C’est le même mécanisme archaïque qui pousse le tout jeune nourrisson à s’éveiller souvent la nuit, pour téter ou être rassuré : à l’état de nature, le nourrisson alerte et au sommeil moins profond avait de bien meilleures chances de survie.

​Ce qui explique que certains enfants dorment 10 heures sans interruption ​alors que d’autres se manifestent encore ​plusieurs fois par nuit jusqu’à 2, 3 voire même 4 ans, ce n’est pas que les deuxièmes ont un problème par rapport aux premiers, mais simplement que les premiers ont acquis une compétence fondamentale : l’endormissement autonome. Ainsi, pendant les micro-éveils de la nuit, le bébé autonome n’a pas besoin d’appeler son parent pour retrouver les conditions de son endormissement et peut retourner seul dans les bras de Morphée.

Ensuite, contrairement à l’adulte et à l’enfant plus âgé, le jeune bébé a encore besoin de se nourrir la nuit. Les pédiatres Marie-Josèphe Challamel et Marie Thirion, références françaises sur la question du sommeil de l’enfant, expliquent que les parents peuvent se repérer non pas avec l’âge mais avec le poids de leur enfant pour savoir quand mettre en place le sevrage de nuit. À partir de 5,5 kilos, l’enfant a besoin d’une prise alimentaire après minuit. Dès 6 kilos, il est sensé pouvoir tenir toute la nuit sans manger. Cette limite est bien sûr théorique : poussées de croissance, difficultés dans la diversification alimentaire… Nombreuses sont les raisons qui font que l’enfant peut avoir faim la nuit. S’il est important de répondre à ce besoin, il faut aussi éviter de tomber dans le piège qui est de considérer tous les réveils nocturnes comme des manifestations de faim.

En effet, mille et un facteurs influencent le sommeil de l’enfant et conditionnent ses réveils nocturnes : longueur et qualité du sommeil de jour, sécurité affective, développement physique, mental et cognitif, environnement, régularité des rythmes… L’enfant exprime souvent la nuit les manques, problèmes ou changements qui ont lieu dans sa journée. La clef pour résoudre un problème d’éveils nocturnes fréquents est d’en trouver la cause, afin de répondre précisément au besoin que l’enfant exprime pendant la nuit.

Pour résumer, pour voir ses nuits (et celles de ses parents) s’améliorer, l’enfant a besoin de maîtriser la compétence d’auto-endormissement pour gérer seul ses micro-éveils, mais aussi de voir tous ses autres besoins satisfaits pendant la journée, et en particulier ses besoins nutritionnels et affectifs. Un seul maître-mot pour vous parents : l’observation !



Si vous avez besoin d’aide ou si une consultation personnalisée vous intéresse, n’hésitez pas à ​contacter Manon.

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