Clémentine: 9 mois en camping-car sur la Route de la Soie.

​Portraits de warriors du quotidien - Podcast

En juillet 2018 Clémentine et son mari, Amaury, embarquent leurs quatre filles de 9, 7, 4 et 2 ans dans une grande Odysée familiale de neuf mois: ils laissent derrière eux leurs jobs, leur appart, l'école et leurs familles et amis et partent en camping-car sur la Route de la Soie, de Venise aux Philippines.

​À leur retour, Clémentine nous a raconté cet incroyable voyage, la découverte du bonheur sur la route et les enseignements qu'ils en ont tiré pour le retour à la vie " normale". 

Vous pouvez écouter l'interview ici-même, sur votre appli podcast préférée ou continuer votre lecture...

French Mums: Bonjour Clémentine! Je suis ravie de t’accueillir aujourd’hui. Tu viens de boucler un voyage de fou avec ton mari et vos 4 filles. Vous êtes partis 9 mois sur la Route de la Soie en camping-car. Raconte-nous un peu comment a germé cette idée.

Clémentine : Bonjour Amélie ! Merci pour cette invitation. Nous sommes partis en voyage une première fois quand nous avions 25 ans, au milieu de nos études, et nous avions toujours pensé refaire ça un jour avec nos enfants.

FM : Et pourquoi la route de la soie ?

Clémentine : Il se trouve que nous avions eu la chance d’habiter en Amérique et en Asie et nous cherchions une région que nous n’avions pas encore explorée comme l’Asie centrale. De plus, avec 4 enfants, nous cherchions une destination qui ne les traumatisent pas trop. Et bien que nous ne connaissions pas encore le camping-car comme mode de voyage, nous cherchions quelque chose qui autorisait une certaine stabilité et où chacune aurait son lit, sa caisse de jeux, ses affaires d’école, ses livres, etc. C’est ainsi que nous avons cherché une route qui pourrait partir de chez nous et nous emmener au bout du monde. Et nous avons découvert cette route de la Soie qu’avait déjà parcourue une autre famille dont nous avons lu le blog. Et nous nous sommes dit que s’ils l’avaient fait, nous pourrions y arriver aussi.

FM : J’imagine que partir pendant des mois à six avec une maison roulante requiert une longue période de préparatifs. Combien de temps avez-vous mis à préparer ce voyage ?

Clémentine : étonnamment, pas tant de temps que ça. Comme nous avons l’âme voyageuse et que nous avons vécu à l´étranger, ce n’est pas un projet qui nous a paru compliqué à organiser. Le plus compliqué a été de trouver un temps dans nos vies qui le permettrait. Il a fallu attendre la bonne opportunité dans nos jobs respectifs pour se lancer. Il se trouve que nous avons pu anticiper une fin de contrat pour moi, 2 ans à l’avance. Nous avons donc bloqué cette période afin de ne pas s’engager dans d’autres projets.

En ce qui concerne la durée : notre premier voyage avait duré un an, ce qui peut paraître long mais passe très vite. Cette fois-ci, nous voulions attendre la fin de l’année scolaire pour ne pas couper les filles dans leur cursus et rentrer en avril pour leur donner un temps de réadaptation avant la rentrée de l’année scolaire suivante.

Pour la préparation concrète du voyage, nous avons commencé environ 6 mois à l’avance, une fois que nous avions déterminé la date de départ.  C’est ce qu’il faut pour décider de la route, faire les vaccins et les visas. C’est ce qui dure le plus longtemps parce certains visas, comme le visa turkmène, sont assez compliqués à obtenir. Il fallait d’abord obtenir les visas ouzbèke et iranien pour prouver que nous étions juste en transit.

Nous avons aussi acheté le véhicule, demandé la carte grise, le permis international et ce qu’on appelle un carnet de douane pour le camping-car. Tout cela prend du temps, surtout en France.

La question des assurances était également très importante pour s’assurer que tous les pays que nous allions traverser étaient couverts par notre assurance en cas de nécessité de rapatriement.

Ça semble beaucoup mais en faisant la liste exhaustive 6 mois à l’avance, ça s’est fait facilement.

Et ensuite, a commencé la part de rêve : en prenant la carte du monde, nous avons commencé à rêver et imaginé toute ce que nous allions découvrir.

​FM: Peux-tu nous décrire le trajet que vous avez parcouru ?

Clémentine : Nous avons choisi une route qui passe plutôt par le sud puisqu’il a fallu, hélas, faire attention à éviter toutes les zones de conflits. Nous avons commencé notre voyage à Venise, qui était le point d’arrivée de toutes les routes de la soie et qui avait également une signification beaucoup plus personnelle puisque c’est là que mon mari et moi nous sommes embrassés pour la première fois. Puis nous sommes passés par Istanbul et avons traversé toute la Turquie, l’Iran, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan que nous avons dû traverser rapidement afin de ne pas se retrouver bloqués par la neige dans les contreforts de l’Himalaya avant d’arriver en Chine qu´il a fallu traverser en un mois par le sud. 8800 km dans ce pays que nous retrouvions après y avoir habité 2 ans. Une de nos filles est née là-bas. Nous avons ensuite continué vers l’Asie du Sud-Est où nous sommes entrés par le Laos, pays dans lequel nous avons fêté Noël ; puis le Vietnam, la Thaïlande, et la Malaisie d’où nous avons fait rapatrier le camping-car jusqu’en France avant de passer le dernier mois aux Philippines.

​FM: Quels ont été vos plus gros défis à gérer pendant ce voyage ?                 

Clémentine : Cette expérience en famille a été très étonnante. Nos filles ont 10, 8, 5 et 3 ans. Au début du voyage, étant chacun assez indépendant, nous avions prévu une journée par semaine seul pour chacun des parents. Mais très vite, au bout de deux mois, nous n’avons plus du tout utilisé cette possibilité. Les filles ont pris le rythme et tout le monde était apaisé, si bien que ça n’était pas nécessaire. Nous étions très détendus et disponibles. Notre jardin c’étaient les prairies, l’océan, le désert… Nous n’avons donc jamais souffert du manque d’espace.

Ce qui a pu être embêtant ce sont surtout les avaries techniques du camping-car qui ont fait qu’on a pu se retrouver bloqués dans des garages par 40° avec rien autour. Mais du coup, les enfants s’occupaient à l’intérieur, ce qui fait qu’on était très à l’aise.

Mais à part quelques moments de stress quand nous avons égaré notre petite dernière pendant une demi-heure ou quand nous nous sommes fait mordre par un singe, nous n’avons jamais craint pour notre sécurité ou eu peur pour les enfants. Les gens étaient partout très accueillants.

​FM : trois de vos filles étaient scolarisées au moment du départ et tu as donc dû jouer à la maîtresse pendant le voyage. Comment cela s’est-il passé ? Qu’as-tu mis en place ?

​Clémentine : J’avais déjà une certaine expérience de l’enseignement à la maison parce qu’ayant vécu 5 ans à l’étranger, nous avions commencé le CNED en français et en maths pour les 2 aînées depuis plusieurs années. Je savais donc que ça se passait bien. Nous avons adopté un rythme fixe de deux heures et demie par jour en respectant les week-ends et les vacances scolaires avec un emploi du temps non-modifiable par jour.

​Nous avions par exemple histoire et sciences le mercredi avec 20 minutes de lecture en français et en anglais. Et ça a été très bénéfique.Pour avoir vu d’autres familles qui ont abordé le sujet de façon plus bohême en mode « J’apprends à compter dans le sable », ça n’a pas forcément bien marché. Et bien sûr, tout le reste de la journée, nous continuions à explorer et apprendre plein de choses en famille mais pour ce qui était de l’apprentissage scolaire, on s’en est tenu à rythme véritablement scolaire. On a même fait une vraie rentrée lors de laquelle, nous avons fait un petit discours de bienvenue dans l’école du camping-car avec leur papa. Chacune avait ses affaires et était heureuse de travailler.

(Voir l'encadré à la fin de l'article pour les références des outils et manuels utilisés pour l'école à la maison)

FM : Et au-delà de l’école, qu’en est-il de leur évolution et de leur développement au cours de ce voyage ?

Clémentine : le point le plus frappant a été la prise d’autonomie. Elles étaient très libres. Avant, je devais souvent intervenir pour gérer des disputes, aider à ranger, etc. ce qui n’était plus le cas. Elles ont recommencé à jouer véritablement. Les deux aînées qui avaient presque déjà quitté le monde du jeu et étaient passées à la lecture, se sont remises à jouer. Ça a été une explosion dans le monde de l’imaginaire ce qui les a soudées et leur a apporté de l’indépendance ; ce qui leur a également beaucoup apporté pour leur apprentissage à l’école puisqu’elles ont compris que le temps qui leur est donné est une opportunité pour apprendre pour elles-mêmes et pas quelque chose qui leur est imposé.

Le deuxième point est la confiance en l’autre. Nous avons voyagé avec des familles inconnues, elles ont joué avec des enfants du monde entier, visité des écoles et je crois que ça leur a ouvert les yeux sur la réalité tellement plus complexe, riche et magnifique du monde que celle que l’on perçoit à travers nos médias. 

On a aussi beaucoup remis le jeu et le plaisir au centre de notre vie de famille, si bien que la vie n’est pas une suite de tâches à enchaîner mais peut être du bonheur partagé. Et pour cela, pas besoin de s’encombrer de beaucoup de choses superflues. Nous n’avons par exemple pas encore récupéré tout notre déménagement et les enfants ont donc très peu de jouets à la maison. Et ça leur suffit largement. Elles s’amusent beaucoup plus comme ça.

FM : quels sont les enseignements que tu as pu tirer de ce voyage pour votre vie de famille et l’année qui se profile ?

Clémentine : pour la première fois dans notre vie de parents, nous avions le temps. Le temps de prendre un petit apéro, d’aller faire une visite ou pas, d’aller parler avec des gens ou pas, le temps d’accueillir l’autre que ce soit en couple ou avec nos enfants. Et j’aimerais arriver à ménager ce temps et ne pas repartir dans une vie, dans laquelle on enchaîne les activités parce que le temps de qualité et le plaisir d’être ensemble sont des choses irremplaçables.

Un autre apprentissage est celui d’une certaine distanciation par rapport au matérialisme dans lequel nous vivons.  Mon mari et moi avons de bons salaires qui nous permettent de vivre dans un certain luxe et d’avoir de beaux objets autour de nous et en fait ce voyage nous a plus que jamais fait réaliser à quel point ce n’est pas le bonheur. Nous voulons nous souvenir de tous ces gens que nous avons rencontré qui ont des vies tellement plus simples et beaucoup moins de richesses mais qui sont très heureux ainsi.

On a passé 9 mois dehors qu’il fasse beau ou moche, trop chaud ou trop froid. Et ça a naturellement développé notre rapport à la nature. C’est également quelque chose que nous voulons conserver dans notre vie à notre retour : garder le contact avec les éléments, observer les animaux, les bruits de la nature.

FM: et pour votre couple ? Quelle expérience ça a été ? Est-ce que le voyage vous a renforcés, rapprochés ?

​Clémentine : je pense que oui. Nous étions tellement bien ensemble, comme de jeunes amoureux. Nous avons pu avoir du temps pour nous sans contraintes, sans angoisses, ni tous les soucis que l’on peut avoir dans le quotidien ou le travail. Nous étions comme dans une bulle protégée. C’était un temps vraiment merveilleux.

Il y a eu aussi bien sûr des disputes mais très peu parce qu’il n’y avait pas vraiment de sujets de disputes. On n’était pas stressé et il n’y avait rien qui pouvait ternir la relation, même si on emmène en voyage tous les questionnements qu’on a pu avoir avant de partir. Et c’est aussi une occasion de remettre en perspective certaines décisions et d’en parler, ce qui peut donner lieu à des discussions acerbes sur certains choix de vie mais dans l’ensemble, ça a été un temps très positif. Etant catholiques pratiquants, ça a été aussi un temps pour nous pour prier ensemble et approfondir notre foi. On avait le temps, tout simplement.

FM : ce voyage a-t-il provoqué des changements pour toi, en tant que mère ? Est-ce qu’il t’a permis d’aborder ta maternité d’une façon différente ?

Clémentine : le fait de pouvoir avoir du temps sans avoir à gérer la contrainte du quotidien, de la maison, des activités, du boulot, etc. a été quelque chose de formidable. Dans le camping-car, il n’y a pas grand-chose à faire, il y a peu d’entretiens. Et j’ai donc pu beaucoup observer mes enfants et les aimer et les redécouvrir encore plus. Et c’était extraordinaire de pouvoir vivre ça à deux.

FM : vous devez être contents d’être rentrés mais est-ce que le prochain voyage ne vous titille pas déjà ?

Clémentine : personnellement, je me réjouis déjà du prochain voyage mais c’est une dynamique familiale. Il est bon pour les enfants que nous nous installions un peu dans une certaine stabilité. C’est aussi nécessaire pour nos carrières respectives. Mais si Dieu nous prête vie, on repartira sûrement ; que ce soit avec des enfants adolescents ou juste à deux. Un tel voyage représente tellement de bonheur et c’est en plus tout à fait raisonnable d’un point de vue financier qu’il n’y a aucune raison de ne pas le faire. Quand on part, on s’aperçoit qu’on est très peu indispensable au monde que l’on laisse derrière soi mais ce que l’on vit en couple ou en famille, ce sont des cadeaux pour toujours. C’est donc une expérience à vivre et à revivre !

Pour plus d'infos:

Le blog de voyage de Clémentine et Amaury: https://laroutedelasoie.blog/

​Pour l'école à la maison, Clémentine a utilisé, entre autres, les outils suivants

​En francais: le CNED https://www.cned.fr/ 

​En maths:  J'apprends les maths avec Picbille​, Ed. Retz

​En Histoire: L'histoire de France de la Gaule à nos jours, E. Lavisse, Ed. Armand Colin

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