À mes copines germaines!

Cette missive s´adresse à mes compatriotes allemands. Cela fait maintenant quelques temps que je vous observe et il est des choses importantes que je dois vous dire sous peine de vous voir disparaître.

« Parfois on aimerait bien figurer dans le haut du tableau, nous aussi. »

Vous avez la plus forte économie européenne, vous êtes désormais le pays le plus fort politiquement au sein de l´UE, vous êtes champions de l´export, champions du monde de foot (et puis plus…), champions de presque tout finalement. Et c´est un peu irritant. Si, si, je vous promets. Parfois on aimerait bien figurer dans le haut du tableau, nous aussi.

Et heureusement pour notre égo national, il reste deux domaines où nous continuons d´exceller : nos TGV sont plus rapides et miraculeusement plus ponctuels que vos ICE  – lorsque les conducteurs ou les contrôleurs ne sont pas justement en grève –  et nous avons plus d´enfants que vous et même que le reste de l´Europe. Notre taux de fécondité avoisine les 2 enfants par femme (1,96) alors que le vôtre stagne autour de 1,50 enfant par femme. Le constat est sans appel : vous disparaissez de la surface de la terre. Si on avait su ça en 1939, on se serait juste armés de patience

Et cela me rend bien triste parce que bientôt nous ne saurons plus où aller nous mettre une mine fin septembre avec un décolleté avantageux, ni avec qui déguster une currywurst. Et puis nous aimerions bien que nos arrière-petits-enfants aient des correspondants avec qui échanger dans la langue de Goethe et rembourser la dette grecque. (Oui, parce qu´elle n´a pas juste disparu…).

« Bientôt nous ne saurons plus où aller se mettre une mine fin septembre avec un décolleté avantageux, ni avec qui déguster une currywurst. »

Certains d´entre vous soutiennent que c´est grâce à notre politique familiale avantageuse que nous avons beaucoup d´enfants. Certes, celle-ci joue probablement un rôle. Mais vous profitez vous-mêmes d´une réforme généreuse de la politique familiale depuis plus de dix ans grâce à Madame von der Leyen. Et cette réforme semble avoir davantage profité au tourisme familial à Majorque qu´au renouvellement de la population allemande.

Alors, dites-moi, pourquoi avez-vous si peu d´enfants ? Nous n´allons pas faire les gros relouds qui vivent de leur réputation de « french lover » et supposent que c´est parce que vous ne savez pas comment vous y prendre. Non, nous n´allons pas faire ça. Mais qu´est-ce alors ? Seriez-vous trop busy dans vos vies de trentenaires globetrotters et indispensables à la société de production pour vous préoccuper d´un être supplémentaire ? Faire une croix sur vos grasses mat´ et vos virées détox au bout du monde, certainement pas ? Ou alors pensez-vous qu´il y aura toujours le temps pour un enfant plus tard ? Quand vous habiterez la même ville que votre mec à défaut du même appart´, quand vous aurez eu une promotion, quand vous aurez atteint 35 ans, quand vous aurez un loft avec un écran plat, la panoplie de la marque à la pomme et un chat ?

Moi, petite française vivant dans le Deutscher Sprachraum (espace germanophone) depuis plus de dix ans, je crois qu´en fait, tous ces arguments sont justes et même parfois recevables (sauf pour le chat!).

Il faut juste renoncer à toute idée de perfection et avoir intégré que l´éducation est une science très inexacte au bilan incertain qui nous sera de toute façon reprochée un jour.

Alors comme je suis d´humeur généreuse, je vais vous faire grâce de quelques trucs et astuces pour une éducation à la française. Pas besoin d´attendre ou de choisir entre famille et boulot ou même de renoncer à l´un des deux. On peut tout choisir. On peut tout vouloir. Il faut juste renoncer à toute idée de perfection et avoir intégré que l´éducation est une science très inexacte au bilan incertain qui nous sera de toute façon reprochée un jour. A partir de là, on peut y aller décomplexé: avoir un enfant ou deux puis trois…

Et allez, on se lance un défi : dans 10 ans, vous devez avoir atteint 2 enfants par femme ! Les french mums vont être à l´origine d´un baby-boom ! On parie ?

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